Gordon Murray S1 : le nouveau supercar V12 à boîte manuelle

Une S1 LM plus élégante

Gordon Murray Special Vehicles vient de dévoiler la S1, une nouvelle supercar aussi exclusive qu’analogique. Présentée le 14 août 2026 à The Quail, pendant la Monterey Car Week, elle s’inscrit dans la continuité de la S1 LM, tout en adoptant une personnalité sensiblement différente. Là où la S1 LM revendiquait une approche extrêmement radicale et directement inspirée de la compétition, la S1 se veut davantage tournée vers la route, le voyage et le plaisir de conduire sur longue distance.

Cette nouvelle création conserve les fondamentaux qui caractérisent les automobiles conçues par Gordon Murray : légèreté, moteur atmosphérique, relation directe entre le conducteur et la mécanique, précision du comportement et recherche d’une forme de pureté esthétique. Mais la S1 ne se contente pas d’être une S1 LM légèrement assagie. Chaque panneau de carrosserie extérieur est inédit et son réglage général évolue profondément pour offrir davantage de confort, de raffinement et d’aisance lors d’un usage grand tourisme.

Le constructeur britannique décrit ainsi la S1 comme une évolution de la plateforme de la S1 LM, optimisée pour privilégier le grip mécanique plutôt qu’une charge aérodynamique extrême. Le résultat attendu est une voiture plus équilibrée et plus naturelle sur la route, sans renoncer à l’intensité mécanique d’une véritable supercar à moteur V12.

Cette philosophie place la Gordon Murray S1 dans une catégorie devenue particulièrement rare. À l’heure où les supercars adoptent massivement la suralimentation, l’hybridation et les transmissions robotisées, elle conserve un moteur atmosphérique à douze cylindres et une boîte de vitesses manuelle. Elle ne cherche donc pas seulement la performance absolue. Elle revendique une expérience de conduite complète, dans laquelle le moteur, le levier de vitesses, la direction et le châssis restent au centre du plaisir.

Pour les amateurs de voitures de sport analogiques, cette approche rappelle l’importance accordée à la sensation plutôt qu’à la seule fiche de performances. À ce titre, la S1 vient rejoindre une famille de modèles qui comprend déjà les T.50, T.50s Niki Lauda, T.33, T.33 Spider et S1 LM. Elle en constitue toutefois une interprétation plus raffinée et plus adaptée aux longues échappées routières.

Une carrosserie entièrement nouvelle
Visuellement, la Gordon Murray S1 partage le langage stylistique et l’ADN de la S1 LM. Pourtant, la ressemblance ne doit pas masquer l’ampleur du travail réalisé. Toutes les pièces de carrosserie extérieure ont été redessinées. La S1 adopte ainsi une silhouette plus épurée, plus fluide et plus proche des proportions classiques d’une voiture de grand tourisme.

Les éléments aérodynamiques les plus spectaculaires de la S1 LM disparaissent. La S1 abandonne notamment le grand aileron arrière fixe, le long splitter avant et les jupes latérales particulièrement profondes. Cette réduction de l’agressivité visuelle ne signifie pas que l’aérodynamique est négligée. Elle traduit plutôt un changement de priorité : la voiture doit générer suffisamment de stabilité et de confiance à haute vitesse, mais sans devenir dépendante d’une charge aérodynamique extrême.

À l’arrière, un nouveau système aérodynamique actif est intégré à la carrosserie. Il adapte son fonctionnement aux besoins de la voiture, notamment lors des phases de vitesse élevée et de freinage. Cette solution permet de conserver une silhouette plus sobre tout en maintenant un niveau de stabilité cohérent avec les capacités du châssis et du moteur.

La face avant reçoit également des éléments spécifiques. Les blocs optiques et les feux de jour adoptent une nouvelle signature lumineuse, différente de celle de la S1 LM. Sur cette dernière, les feux de jour sont installés dans une fine lame située sous le projecteur. La S1 choisit une intégration différente au sein du bloc optique principal, ce qui contribue à son identité propre.

Des projecteurs auxiliaires de plein phare sont placés plus bas, dans l’entrée d’air située à l’avant. Cette disposition fait écho à un concept présenté par Gordon Murray en 1992 pour le salon de Monaco. Ce détail historique, qui n’avait jamais été repris sur un modèle de production, trouve enfin sa place sur une automobile de route.

Les rétroviseurs constituent une autre particularité de la S1. Installés sur les montants de pare-brise, ils intègrent discrètement un système de caméra de rétrovision. Les roues, entièrement nouvelles et allégées, s’inspirent elles aussi du show-car monégasque de 1992. Gordon Murray revendique donc un lien avec son propre passé stylistique, mais sans tomber dans la simple reproduction nostalgique.

Le compartiment moteur est conçu comme un véritable écrin mécanique. Le V12 Cosworth y est exposé comme la pièce maîtresse de la voiture. L’échappement en Inconel poli et l’écran thermique plaqué or 24 carats participent à cette mise en scène. Dans la S1, la mécanique n’est pas cachée : elle est présentée comme une œuvre d’ingénierie et comme l’un des principaux arguments de l’automobile.

Un V12 Cosworth de 12 100 tr/min
La Gordon Murray S1 est animée par un V12 Cosworth atmosphérique de 4,2 litres. Dérivé de la même lignée que le moteur de la S1 LM, ce groupe motopropulseur a été développé pour offrir une réponse immédiate et une grande disponibilité, tout en conservant la sonorité et le caractère d’un moteur à haut régime.

La puissance maximale atteint jusqu’à 690 ch. Le régime maximal s’établit à 12 100 tr/min, une valeur qui résume à elle seule la philosophie de cette voiture. La S1 ne cherche pas à obtenir ses performances grâce à la pression d’un turbocompresseur. Elle privilégie la montée en régime, la progressivité de la réponse à l’accélérateur et la sensation d’accompagner physiquement la mécanique jusqu’aux plus hauts régimes.

Ce V12 reçoit de nombreux composants inspirés de la compétition. Il dispose notamment de pistons allégés revêtus de carbure de silicium, de soupapes en titane et de bielles en titane. La lubrification par carter sec participe également à la maîtrise du fonctionnement du moteur dans les conditions les plus exigeantes, tout en favorisant une implantation basse.

L’une des évolutions importantes par rapport à l’orientation plus radicale de la S1 LM concerne le couple. La S1 bénéficie d’une plage de couple plus large, afin de faciliter la conduite sur route et les longs trajets. Gordon Murray Special Vehicles annonce que 80% du couple est disponible dès 2 500 tr/min. La valeur maximale atteint environ 500 Nm à 7 000 tr/min, tandis que les données de synthèse communiquées mentionnent 500 Nm.

Cette caractéristique modifie profondément l’usage du moteur. Le conducteur n’a pas besoin de maintenir constamment le V12 dans les régimes les plus élevés pour obtenir une réponse efficace. La S1 doit donc pouvoir évoluer avec souplesse à bas et moyen régime, avant de se transformer progressivement lorsque l’aiguille du compte-tours s’approche de la zone rouge.

Le moteur conserve néanmoins une personnalité spectaculaire. La montée jusqu’à 12 100 tr/min promet une expérience sonore et mécanique très différente de celle d’un V8 ou d’un V12 suralimenté. La puissance n’arrive pas sous la forme d’un pic brutal. Elle se construit avec la vitesse de rotation, dans une progression qui valorise la précision du dosage de l’accélérateur et l’implication du conducteur.

Cette relation directe entre le moteur et la pédale d’accélérateur constitue l’un des piliers du projet. Dans la S1, le V12 n’est pas un simple générateur de performances. Il représente le cœur émotionnel de l’automobile, celui qui donne un sens à chaque accélération, à chaque changement de rapport et à chaque ouverture de la route.

Une véritable boîte manuelle
Le V12 Cosworth est associé à une boîte de vitesses manuelle à six rapports. Dans le segment des supercars exclusives, ce choix est devenu suffisamment rare pour constituer un événement à lui seul. La S1 ne propose pas une transmission robotisée capable de changer les rapports en quelques centièmes de seconde. Elle demande au conducteur de participer activement à chaque accélération.

Le sixième rapport bénéficie d’une définition orientée tourisme. Cette sixième vitesse doit permettre de réduire le régime moteur sur les longs parcours et de rendre les déplacements plus agréables. La S1 conserve donc toute sa dimension sportive, mais elle est conçue pour pouvoir voyager dans un niveau de confort supérieur à celui de la S1 LM.

La commande de boîte reçoit une nouvelle architecture de câbles, avec un cheminement plus rectiligne. L’objectif est d’obtenir un mouvement de levier précis et direct, décrit comme une sensation de verrouillage comparable à celle d’un mécanisme de type « rifle-bolt ». Le conducteur doit ressentir chaque engagement de rapport, sans filtre inutile entre sa main et la transmission.

Cette boîte manuelle participe à la cohérence générale du modèle. La puissance disponible, la montée en régime du V12 et l’allonge de la transmission permettent au conducteur de construire lui-même son rythme. Il peut conserver un rapport pour profiter de la sonorité du moteur, rétrograder avant un virage ou utiliser le couple disponible à bas régime pour adopter une conduite plus coulée.

Le choix d’une transmission manuelle n’est donc pas seulement une déclaration de principe. Il influence la façon de conduire la S1. La voiture devient un ensemble de gestes et de décisions, plutôt qu’un dispositif qui automatise l’essentiel du travail. Pour un propriétaire, chaque trajet peut ainsi conserver une dimension particulière, même lorsque la route ne se transforme pas en spéciale de rallye.

Les amateurs de GTI sportives et de petites voitures de caractère retrouveront dans cette philosophie un principe familier : la recherche d’une automobile qui donne envie de conduire pour le plaisir de conduire. La différence réside ici dans l’échelle technique, la noblesse mécanique et l’exclusivité presque absolue de la S1.

Un châssis tourné vers la route
La S1 conserve la largeur, les voies et l’architecture de suspension allégée de la S1 LM. Elle bénéficie également de pneumatiques plus larges. Ces éléments garantissent une base dynamique particulièrement ambitieuse. Cependant, le réglage du châssis est adapté à son nouveau rôle.

La hauteur de caisse augmente de 10 mm par rapport à la S1 LM. Cette évolution facilite l’utilisation sur route et contribue à rendre la voiture plus tolérante face aux irrégularités. Les amortisseurs sont également recalibrés pour offrir davantage de souplesse et de compliance.

L’objectif n’est pas de transformer la S1 en grande routière placide. La direction doit rester précise, l’agilité préservée et le retour d’information maintenu. Gordon Murray Special Vehicles cherche plutôt un compromis plus riche : une voiture capable d’absorber les imperfections du revêtement lors d’un voyage, mais qui retrouve instantanément une attitude sportive lorsque le tracé devient plus sinueux.

Le recours accru au grip mécanique s’inscrit dans cette démarche. En diminuant la dépendance à la charge aérodynamique, la S1 peut privilégier un comportement plus progressif et plus lisible sur la route. Le conducteur doit pouvoir comprendre ce que font les pneus et le châssis, sentir l’évolution de l’adhérence et placer l’auto avec précision.

La direction assistée est sélectionnable. Le conducteur peut choisir entre une assistance adaptée à une conduite détendue et un réglage plus direct, davantage tourné vers la recherche d’une relation sans filtre avec le train avant. Cette possibilité permet à la S1 de changer de personnalité selon le contexte.

Sur une longue liaison autoroutière, une assistance plus présente limite la fatigue et facilite les manœuvres. Sur une route de montagne ou un parcours vallonné, un mode plus communicatif doit renforcer la sensation de précision. Cette double approche correspond à la vocation de la S1 : offrir une expérience sportive sans sacrifier la polyvalence d’un grand tourisme.

La légèreté reste au centre de la conception. La carrosserie utilise des panneaux en fibre de carbone et la suspension fait appel à des composants allégés. Gordon Murray Special Vehicles annonce un objectif de masse totale inférieur à celui de la T.50, malgré un habitacle plus luxueux, une isolation acoustique renforcée et un système audio plus complet.

Cette donnée est révélatrice de la méthode Gordon Murray. Le confort supplémentaire n’est pas obtenu en ajoutant simplement de la matière et du poids. Chaque équipement est intégré dans une réflexion globale visant à préserver le rapport entre masse, puissance et sensations.

Trois places et plus de confort
L’habitacle conserve la position de conduite centrale et la planche de bord basse qui caractérisent les créations de Gordon Murray. Cette configuration place le conducteur au cœur de la voiture et améliore la visibilité vers l’avant. Elle constitue également l’une des signatures les plus fortes de la famille Gordon Murray Automotive.

Par rapport au cockpit plus radical de la S1 LM, la S1 adopte une interprétation plus luxueuse et plus accueillante. Les matériaux font appel à des cuirs haut de gamme, des tissus spécifiques et des garnitures réalisées sur mesure. Le confort des sièges est renforcé pour les longs parcours et l’insonorisation fait l’objet d’un travail supplémentaire.

Le système multimédia évolue lui aussi. Les écrans sont révisés et un système audio léger conçu sur mesure prend place à bord. La présence d’équipements plus raffinés ne remet toutefois pas en cause la vocation de la voiture. La S1 reste centrée sur la conduite et le poste du pilote conserve sa place dominante.

Le conducteur peut donc profiter d’un environnement plus confortable sans perdre le contact avec la mécanique. Le son du V12 continue d’occuper une place importante, mais l’habitacle doit aussi pouvoir accueillir un trajet de plusieurs heures dans de bonnes conditions.

Les portes évoluent de manière significative. La S1 abandonne la petite vitre de type « ticket window » en Lexan, inspirée de la compétition et utilisée sur la S1 LM. Elle reçoit de nouvelles portes dièdres avec une vitre descendante intégrée. L’ouverture est plus large, ce qui facilite l’accès à bord et la sortie de la voiture.

Ce changement peut sembler secondaire face au moteur ou au châssis. Il est pourtant essentiel dans une automobile destinée à voyager. Une supercar qui permet de monter à bord plus facilement, de profiter d’une meilleure isolation et de disposer de sièges plus confortables devient plus utilisable au quotidien, même si son prix et sa rareté la destinent évidemment à une clientèle très privilégiée.

La configuration à trois places demeure un élément distinctif. Le conducteur installé au centre dispose d’une position idéale, tandis que deux passagers peuvent prendre place de part et d’autre. La S1 conserve ainsi la logique de partage de l’expérience qui caractérisait déjà les modèles les plus emblématiques de Gordon Murray.

L’esprit Gordon Murray
La S1 s’inscrit dans une histoire technique et sportive particulièrement riche. Gordon Murray a passé vingt années comme directeur technique dans deux équipes de Formule 1, de 1969 à 1990. Chez Brabham, son travail a contribué à deux titres mondiaux en 1981 et 1983, avant les trois titres consécutifs remportés avec McLaren Racing en 1988, 1989 et 1990.

Après plus de cinquante victoires en Grand Prix, il quitte la Formule 1 en 1990 et fonde McLaren Cars Limited. Son premier grand projet routier, la McLaren F1, devient l’une des références majeures de l’ingénierie automobile. Sa version de compétition remporte deux championnats du monde des voitures de sport ainsi que les 24 Heures du Mans 1995.

Gordon Murray fonde ensuite Gordon Murray Design en 2007. L’entreprise développe une capacité complète de conception, de prototypage et de mise au point. En 2019, le T.50 est annoncé comme une nouvelle interprétation de la supercar légère et centrée sur le conducteur. Les T.50s Niki Lauda, T.33, T.33 Spider, S1 LM et Le Mans GTR prolongent cette démarche.

La S1 reprend les sept principes revendiqués par Gordon Murray : la perfection de conduite, la légèreté, l’art de l’ingénierie, une image premium, le retour à la beauté, l’exclusivité et l’expérience client. Dans ce modèle, ces principes sont poussés vers une forme plus accessible dans l’usage, mais toujours aussi exigeante dans l’exécution.

Le « retour à la beauté » se remarque particulièrement dans la carrosserie. En retirant les éléments aérodynamiques les plus extrêmes de la S1 LM, Gordon Murray révèle une silhouette plus pure. La S1 n’a pas besoin d’afficher toute sa capacité technique pour imposer sa présence. Son élégance repose davantage sur ses proportions et ses détails que sur une accumulation d’appendices.

La légèreté se retrouve dans la structure en carbone, les panneaux de carrosserie, la suspension et les roues. L’exclusivité est assurée par une production limitée à seulement 64 exemplaires dans le monde. La démarche premium apparaît dans le niveau de personnalisation, chaque voiture devant être configurée individuellement avec son propriétaire.

Seulement 64 exemplaires
La production de la Gordon Murray S1 sera limitée à 64 unités dans le monde. Ce nombre réduit la place immédiatement au sommet de la hiérarchie des automobiles de collection modernes. Chaque exemplaire sera commandé et spécifié individuellement par son propriétaire.

Le prix n’a pas été communiqué. Cette absence de tarif ne diminue pas la portée de l’annonce. Elle confirme plutôt que la S1 s’inscrit dans une logique de commission très exclusive, dans laquelle le client ne choisit pas simplement une finition dans un catalogue. Il participe à la définition d’une voiture personnelle, construite autour de ses goûts et de son usage.

Cette personnalisation concerne notamment l’ambiance intérieure, les matériaux et les détails de finition. La carrosserie, les roues, les éléments de décoration et l’habitacle doivent permettre à chaque exemplaire de conserver une identité propre, sans renoncer à la cohérence du modèle.

Avec sa série limitée, son V12 Cosworth à 12 100 tr/min et sa transmission manuelle, la S1 est appelée à devenir un objet particulièrement recherché. Mais sa valeur ne repose pas uniquement sur la rareté. Elle tient aussi à la combinaison de caractéristiques que l’industrie automobile contemporaine propose de moins en moins : un moteur atmosphérique de très forte cylindrée spécifique, une boîte manuelle, une architecture légère, une position de conduite centrale et une aérodynamique pensée pour la route.

La S1 ne prétend donc pas répondre à toutes les attentes. Elle s’adresse aux passionnés qui recherchent une interaction physique avec la voiture, qui apprécient l’idée d’une montée en régime spectaculaire et qui considèrent le voyage comme une partie intégrante du plaisir automobile.

Une supercar pour voyager
La principale originalité de la Gordon Murray S1 tient à son positionnement. Elle conserve une intensité comparable à celle d’une supercar radicale, mais elle propose une utilisation plus orientée vers le tourisme rapide. Son moteur reste capable de monter à un régime exceptionnel, son châssis conserve une architecture dérivée de la S1 LM et son design demeure spectaculaire. Pourtant, la voiture veut aussi pouvoir relier deux destinations dans le confort.

Le professeur Gordon Murray résume cette ambition en évoquant un trajet côtier entre Los Angeles et Monterey, réalisé dans un véritable confort tout en profitant de chaque changement de rapport, de chaque virage et de chaque note du V12. Cette image décrit précisément la mission confiée à la S1 : faire du long voyage une expérience de conduite, et non une simple liaison entre deux portions sportives.

La présence d’une sixième vitesse de tourisme, la suspension plus compliante, l’habitacle mieux isolé et les sièges plus confortables contribuent à cette polyvalence. La S1 ne renonce pas à la route sinueuse, mais elle refuse de limiter son existence à un usage de circuit ou à des sorties très courtes.

Cette orientation distingue la S1 de la S1 LM. La « Special One » avait été conçue comme une célébration routière particulièrement intense de la victoire de Gordon Murray aux 24 Heures du Mans 1995. Elle privilégiait donc la radicalité, la charge aérodynamique et l’inspiration de la compétition.

La S1 reprend le même socle émotionnel, mais elle le reformule. La voiture devient plus élégante, plus raffinée et plus apte à accumuler les kilomètres. Le conducteur reste au centre de l’expérience, mais il dispose d’un environnement qui ne l’oblige pas à accepter les compromis les plus extrêmes d’une voiture de course homologuée pour la route.

Un manifeste automobile
La Gordon Murray S1 apparaît finalement comme un manifeste. Elle rappelle qu’une supercar peut encore être conçue autour d’un moteur atmosphérique et d’une boîte manuelle. Elle démontre également que l’exclusivité ne se résume pas à rechercher le chiffre de puissance le plus élevé ou le temps d’accélération le plus spectaculaire.

Avec 690 ch, un V12 Cosworth de 4,2 litres, un régime maximal de 12 100 tr/min et environ 500 Nm, la S1 dispose d’une mécanique exceptionnelle. Mais son intérêt réside dans la manière dont ces éléments sont assemblés. Le moteur, la boîte, la direction, la suspension et la position de conduite forment un ensemble destiné à renforcer la participation du pilote.

La voiture propose également une vision moins ostentatoire de la performance. Son aérodynamique active est intégrée à la carrosserie, ses panneaux sont entièrement nouveaux et ses proportions s’inspirent d’une forme classique de la beauté automobile. La S1 ne cherche pas à ressembler à une voiture de course. Elle cherche à être une voiture de route extraordinairement aboutie.

Produite à seulement 64 exemplaires, elle restera inaccessible à la plupart des passionnés. Pourtant, son intérêt dépasse largement la question de la disponibilité. Elle témoigne d’une époque de transition durant laquelle quelques constructeurs et ingénieurs défendent encore une autre idée de la performance : moins d’assistance, davantage de sensations ; moins de standardisation, davantage de personnalisation ; moins de chiffres, davantage d’émotion.

La Gordon Murray S1 est donc à la fois une évolution de la S1 LM et une affirmation indépendante. Elle reprend l’intensité, l’intégrité technique et la légèreté de cette dernière, mais les met au service d’un grand tourisme plus élégant et plus confortable. Son V12 atmosphérique, sa boîte manuelle et son poste de conduite central en font l’une des supercars les plus singulières de sa génération.

Pour approfondir l’univers des voitures de sport analogiques, le lecteur pourra également consulter les articles consacrés aux voitures de sport du Guide des Sportives. Les amateurs de compactes performantes et de mécaniques plus accessibles retrouveront aussi l’esprit du plaisir de conduite dans le Guide des GTI.


Fiche technique Gordon Murray S1

Caractéristique Gordon Murray S1
Modèle Gordon Murray S1
Constructeur Gordon Murray Special Vehicles
Production 64 exemplaires dans le monde
Positionnement Supercar de grand tourisme à moteur central et poste de conduite central
Plateforme Architecture dérivée de la S1 LM
Structure Monocoque en fibre de carbone
Moteur V12 Cosworth atmosphérique
Cylindrée 4,2 litres
Puissance maximale Jusqu’à 690 ch
Régime maximal 12 100 tr/min
Couple maximal Environ 500 Nm
Disponibilité du couple 80% du couple disponible dès 2 500 tr/min
Transmission Boîte manuelle à six rapports
Sixième rapport Rapport de tourisme de série
Aérodynamique Système aérodynamique actif intégré à l’arrière
Philosophie aérodynamique Priorité au grip mécanique, à l’équilibre et à la confiance sur route
Suspension Architecture allégée dérivée de la S1 LM, réglage plus routier
Hauteur de caisse Relevée de 10 mm par rapport à la S1 LM
Carrosserie Panneaux extérieurs entièrement nouveaux
Matériaux extérieurs Fibre de carbone
Direction Assistance sélectionnable selon le mode de conduite
Habitacle Trois places avec position de conduite centrale
Sièges Confort renforcé pour le grand tourisme
Finitions intérieures Cuirs premium, tissus spécifiques et garnitures sur mesure
Isolation acoustique Renforcée par rapport à la S1 LM
Système audio Système léger conçu sur mesure
Portes Portes dièdres avec vitres descendantes intégrées
Éclairage Signature lumineuse spécifique avec feux auxiliaires intégrés à l’entrée d’air avant
Rétroviseurs Rétroviseurs montés sur les montants avec système de caméra de rétrovision intégré
Roues Roues inédites et allégées inspirées du concept de Monaco 1992
Échappement Échappement en Inconel poli
Écran thermique Plaqué or 24 carats
Poids Objectif inférieur à celui de la T.50
Prix Non communiqué
Personnalisation Chaque exemplaire configuré individuellement avec son propriétaire
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